La grève, le sport préféré des Français ?

Les Français sont-ils vraiment les champions du monde de la grève ?

Vus de l’étranger, les habitants du pays de Molière semblent toujours prêts à cesser le travail et à descendre dans la rue pour exprimer leur mécontentement.

Pourtant, s’il y a une part de vérité dans cette affirmation, la réalité est beaucoup plus nuancée.

les Français et la grève

La difficile comparaison entre les pays

Pour savoir si la France remporte vraiment la palme en matière de grève, il faudrait pouvoir comparer ses données avec celles des autres pays.

Mais en pratique, ce n’est pas si simple !

Aujourd’hui, force est de constater que :

  • Chaque pays ne comptabilise pas les grèves de la même manière.
  • Les analyses se focalisent le plus souvent sur les grèves de longue durée ou massivement suivies. Pourtant, certaines mobilisations rapides ou menées par de petits effectifs peuvent avoir un lourd impact à l’échelle d’une entreprise.
  • Les panels utilisés sont très différents d’une étude à l’autre. Par exemple, la France serait en tête des pays grévistes pour la fondation Hans Böckler, mais seulement 3e au monde pour l’OCDE et 2e en Europe selon l’Institut syndical européen (source).

Une baisse des grèves en France

En observant la tendance dans l’Hexagone, on constate que la grève est une forme de protestation qui décline. En effet, le nombre de journées non travaillées diminue et les mobilisations durent moins longtemps.

Ces dernières années, il y a aussi eu des changements notables dans la manière dont sont gérées les grèves.

D’abord, l’État commence souvent par laisser les conflits s’enliser, en attendant de voir si la situation se tasse. Quitte à réagir parfois trop tard, comme cela a pu être le cas au moment des Gilets Jaunes.

Ensuite, il existe désormais un service minimum obligatoire pendant les périodes de pointe, même en cas de grève. Une contrainte à laquelle doivent aussi se plier les salariés des services publics (enseignement, transports en commun, etc.). Donc tout le monde ne peut pas s’arrêter de travailler !

Des rapports sociaux marqués par la contestation

Dans le monde du travail, quand il s’agit d’instaurer un rapport de force, il y a deux façons de procéder.

La négociation avant le conflit. L’idée est de tenter de trouver un accord, chacun faisant des compromis, avant d’en arriver à une contestation plus musclée. Les pays nordiques, mais aussi le Royaume-Uni ou encore l’Allemagne, ont l’habitude de procéder ainsi.

L’opposition frontale avant d’entamer des discussions. Dans les pays de culture latine en Europe (la France, mais aussi l’Italie ou l’Espagne), la négociation intervient dans un second temps.  Pour qu’elle puisse se dérouler, il faut d’abord créer une situation de crise, en mobilisant un maximum de personnes (grève, manifestations, etc.).

La particularité des syndicats français

Contrairement aux autres pays européens, la France a un système syndical à part :

  • les syndicats n’ont pas la même culture entrepreneuriale, puisqu’ils ne sont entrés dans les sociétés qu’à partir de 1968 ;
  • ils ont une filiation politique souvent marquée par la lutte des classes (ex.: la CGT, FO ou SUD) ;
  • ils sont nombreux… et pas toujours d’accord entre eux (parfois au sein d’une même entreprise), ce qui rend plus difficile le maintien de la paix sociale.

Les manifestations dans la rue : un grand classique des journées de grève

Le principe de la République Française est « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958).

Cela signifie que les élus sont là pour représenter tous les Français, qui sont seuls légitimes pour décider de leur avenir. L’article 3 précise d’ailleurs que « la souveraineté nationale appartient au peuple ».

Cette doctrine est d’ailleurs très ancienne : elle est directement héritée du siècle des Lumières et de la Révolution.

C’est pour cela que, lorsque les Français sont insatisfaits, ils n’hésitent pas à le faire savoir en se rassemblant dans la rue !

Parfois, la manifestation permet d’éviter la grève. Ainsi, il est fréquent de voir les organisations syndicales ou les associations organiser des rassemblements le samedi pour :

  • sensibiliser l’opinion publique afin d’obtenir une adhésion au mouvement ;
  • toucher un maximum de travailleurs, y compris dans le secteur privé ;
  • éviter de pénaliser les salariés du point de vue financier (perte de revenus).

Attention toutefois : si la manifestation est un mode de pression très efficace, elle ne se limite pas aux mouvements sociaux. Les Français manifestent aussi pour des motifs politiques au sens large (ex. : marche pour le Climat en 2020, soutien au peuple ukrainien en 2022…).

 

 

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