L’éviction brutale de la paysannerie des terres du Nord de l’Écosse dans les premières années du 18ème siècle et au 19ème siècle plus connue sous le nom de Highlands Clearances demeure comme une caisse de résonance dans la politique moderne pour tout ce qui touche de près ou de loin à la démocratisation du système foncier écossais. Les Clearances sont étroitement associées à la conversion sociale et économique des Highlands et des îles Hébrides. De nos jours, elles influent sur le prises de position des politiques entre les conservateurs et les travaillistes.

Une population nombreuse sans grande ressource contrainte de quitter parfois violemment un lopin de terre fertile, une maison réduite en cendres avec ou sans ses occupants, et qui n’a eu d’autres choix que d’émigrer, partir vers d’autres villes d’Écosse pour trouver un travail ou tout juste survivre sur des crofts (petites parcelles de terre pauvre). Entre 1770 et 1815, paysans et artisans vont se retrouver au Canada, en Nouvelle-Écosse. Environ 15.000 écossais viennent des Highlands de l’Ouest et des Hébrides, ils ne parlent que le gaélique pour la plupart et se rassemblent en communauté agricole, ils conservent précieusement leurs coutumes. Entre 1815 et 1870, ils ne seront pas moins de 170.000 à traverser l’Atlantique.

 

 

Les terres vidées de tous ces gens malmenés par la famine, le choléra, les conflits et l’exil forcé, vont voir l’élevage intensif de moutons se développer à vive allure. Si l’on évoque l’introduction des moutons et l’éviction des paysans, il est bon de faire le lien avec l’action en 1725 d’un certain George Wade au service de la Grande-Bretagne qui lève une milice « la Black Watch » pour assurer le maintien de la « paix », et va accentuer un nouveau flux d’émigrants vers le continent américain. D’autre part, l’Angleterre tente de compromettre pécuniairement certains chefs de clans, car elle a un besoin important de moutons et de bétail pour nourrir les londoniens. L’affaire est belle et le pouvoir des propriétaires terriens pervertis va s’accroître par quelques bêlements de plus. De là, de nombreuses familles sans grande ressource sont expulsées pour laisser l’espace agricole aux ruminants, ce qui n’apaise pas le climat social déjà bien tendu de l’époque.

C’est là que des paysans vont intervenir et se rebeller à force de brimades. Outre l’arrivée des moutons, la pêche, l’industrie textile et la collecte de kelp (algues) se développent, les propriétaires terriens en majeure partie des chefs de clans trouvent avec les crofters (ceux qui survivent sur les crofts) une main-d’œuvre corvéable à souhait, quasiment gratuite. Ce sont eux les crofters qui vont se soulever pour la terre. Grâce à leurs luttes pour reconquérir parcelles cultivables et dignité, la loi de 1886 va leur garantir l’accès à la terre, limiter singulièrement le droit des propriétaires et mettre un terme aux expulsions massives. Les descendants des crofters continuent de les honorer par des Cairns notamment (rochers ou pierres) afin de célébrer leurs morts.

La littérature est féconde sur les Clearances. Des ouvrages se basant sur les témoignages des survivants dévoilent un passé chargé de violence et d’abandon cruel face à ces expulsions des Gaëls. C’est Alexander Mackenzie qui publie en 1883, un premier ouvrage « Histoire des Highlands Clearances » et nombre d’écrivains et d’artistes vont retracer par des récits, des poésies en langue gaélique notamment, l’existence plus que troublée de ces populations déchirées. Les bardes aussi se font l’écho des souffrances enfouies, de l’amertume ressentie d’un peuple écossais éparpillé sur plusieurs continents. Les Clearances font figure de génocide, les blessures restent vives encore aujourd’hui.

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