Pourquoi l’Irlande est coupée en deux ?

L’Irlande est la troisième plus grande île d’Europe. Pour mieux la comprendre, ainsi que ses habitants, il ne faut pas seulement s’intéresser à ses paysages magnifiques et à sa riche culture gaélique.

L’Irlande est aussi une terre d’Histoire, avec un conflit qui prend racine au XIIème siècle et qui aboutira à la naissance de deux pays :

  • l’Irlande du Nord, une nation intégrée au Royaume-Uni, au même titre que l’Écosse, le Pays de Galles et l’Angleterre ;
  • et l’Irlande (aussi appelée République d’Irlande), un État totalement indépendant.

Voici les principales étapes de cette scission qui génère encore des tensions aujourd’hui :

Une lutte ancienne contre l’Angleterre

Pour bien cerner les enjeux liés au Brexit, il faut faire un petit voyage dans le temps… et remonter dans le passé jusqu’au XIIème siècle.

À cette époque, des Normands venus d’Angleterre pillent régulièrement les monastères irlandais. Ils décident ensuite de coloniser l’île pour en faire une terre anglaise, ce qui déclenchera une succession de guerres sanglantes.

Les Irlandais n’ont plus de droit de pratiquer le gaélique (leur langue traditionnelle), de jouer leur musique et certaines libertés fondamentales leur sont retirées. On leur impose aussi une conversion au protestantisme.

En 1649, le militaire anglais Olivier Cromwell décide de renforcer la présence anglaise sur l’île. Avec plus de 12 000 soldats, pendant 3 ans, il va massacrer la population irlandaise qui passe alors de 1 466 000 à 616 000 habitants.

Progressivement, les colons et de hauts dirigeants britanniques s’installent en Irlande du Nord, d’abord en Ulster puis dans toute la région.

Il y a donc un lourd passif d’incompréhensions et de griefs entre l’Irlande et l’Angleterre.

 

 

La reconnaissance de l’indépendance de la République d’Irlande

Suite à la signature de l’Acte d’Union en 1801, l’Irlande devient totalement rattachée au Royaume-Uni. Une situation qui ne satisfait personne ! Contrairement à la population du Royaume-Uni, les Irlandais sont de fervents catholiques.

Les heurts entre les deux religions et cultures vont aller en s’intensifiant jusqu’en 1916 : lors de l’insurrection de Pâques, les Irlandais tentent de reconquérir Dublin, mais ils échouent… sans renoncer pour autant à faire entendre leurs revendications.

Trois ans plus tard, c’est le début de la guerre d’indépendance. Face à la violence du conflit, les autorités britanniques décident en 1921 de séparer l’île en deux :

  • L’Irlande du Nord, peuplée par une majorité de protestants, reste sous domination britannique. Son parlement est installé à Belfast.
  • L’Irlande du Sud, essentiellement catholique, dispose aussi de son propre parlement, basé à Dublin. En 1937, elle crée sa propre constitution. En 1949, cette zone devient officiellement la République d’Irlande.

Mais cette scission n’apaise pas les esprits… Ainsi, durant les décennies qui suivent, les républicains catholiques et les unionistes anglicans vont continuer de s’affronter.

« Troubles » : une guerre civile qui va durer 30 ans

En Irlande du Nord, la population est aussi divisée entre les unionistes (essentiellement protestants) et les nationalistes (essentiellement catholiques).

À partir des années 60, les milices de l’IRA ou de l’UVF multiplient les attentats à la bombe et les actes terroristes d’une violence inouïe. À tel point que Belfast ou Londonderry se retrouvent encerclées de barbelés.

Dans les quartiers les plus sensibles, le gouvernement britannique déploie des chars et des troupes armées.

C’est ce qui aboutira au « Bloody Sunday » : en 1972, l’armée tire sur des manifestants pacifistes et emprisonne, sans jugement, des centaines d’Irlandais suspectés d’insurrection…

En 1990, après 30 ans de guerre civile, près de 3500 personnes ont été tuées. Les deux camps déplorent de lourdes pertes.

 

Les accords du Vendredi Saint et le retour de la paix

En 1985, l’Accord de Hillsborough marque une première étape décisive dans les négociations de paix.  En 1997, un cessez-le-feu est enfin acté grâce à la signature de nouveaux accords.

Enfin, le 10 avril 1998, l’Accord du Vendredi Saint met officiellement un terme au conflit. Les milices armées entament leur démantèlement et le processus de paix devient enfin une réalité.  Parmi les concessions faites, la République d’Irlande a accepté de ne plus revendiquer la propriété territoriale de l’Irlande du Nord. En parallèle, tous les habitants d’Irlande du Nord peuvent s’identifier librement comme étant Irlandais, britanniques, ou les deux.

Aujourd’hui, la guerre civile semble oubliée… ou presque. Car le désir de réunification des deux parties de l’Irlande est toujours aussi fort : un sondage publié en décembre 2021 montre que 65% des Irlandais en rêvent (source).

Mais cela ne devrait pas arriver de si tôt : il faudrait que les deux pays organisent un référendum se soldant par un « oui » majoritaire des deux côtés de la frontière. Or actuellement, plus de 1 Irlandais du Nord sur 2 veut demeurer au sein du Royaume-Uni.

Les difficultés posées par le Brexit

Les Irlandais du Nord ne voulaient pas sortir de l’Union Européenne : ils ont été 55,9% à voter contre le Brexit. Mais comme les Britanniques y ont majoritairement été favorables (à 51,9%), ils se retrouvent à subir un changement dont ils ne veulent pas.

A contrario, la République d’Irlande reste à l’intérieur de l’Europe.

Alors, comment gérer la frontière entre les deux pays ? Des problèmes sont déjà en train d’éclater en raison de la création d’une frontière virtuelle maritime entre le Royaume-Uni et l’Irlande du Nord, dont cette dernière fait pourtant partie (source). Les unionistes ont tenté de dénoncer ce protocole post-Brexit, en vain pour l’instant (source).

Toutefois, les touristes ne sont pas visés par ces revendications : l’Irlande et l’Irlande du Nord accueillent chaleureusement tous les visiteurs. Évitez simplement de vous mêler des polémiques sur ces sujets sensibles, les habitants préfèrent traiter de ces questions entre eux.

 

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