Vers la 1ère partie

 

Le temps écossais dès potron-minet se montre quelque peu pluvieux et venteux, les Cuillin Hills risquent fort d’être noyées par la brume et comme l’île de Skye s’appelle aussi l’île aux nuages depuis les Vikings, mieux vaut rechercher un endroit plus au sec à découvrir comme un château, un musée, un atelier d’artiste, un pub chaleureux où écouter de la musique tout en mangeant. Laure et Vincent décident donc de modifier leur périple pour se rendre à Dunvegan sur les terres des anciens chefs de clan des Mac Leod. En chemin ils pourront sans doute faire une halte chez un artisan céramiste apparemment réputé.

 

Après un petit déjeuner copieux fait de porridge, une bouillie traditionnelle aux flocons d’avoine, accompagnée de toasts avec de la marmelade d’orange amère et de thé Earl Grey, c’est le moment de rejoindre Broadford, direction Portree.

Laure se sent bien même si la météo se montre capricieuse, elle offre un sourire radieux à Vincent et l’embrasse avant de monter dans le véhicule. Au revoir le nid douillet et à un de ces jours, qui sait ?

 

L’A87 fait penser à une route de campagne bien française, elle est relativement étroite mais la vue sur la lande est remarquable.

Bien à l’abri dans l’habitacle, Laure regarde tomber la pluie fine tout en admirant le paysage qui oscille entre vallon et crête, sous un ciel gris argenté et replonge d’un coup dans la célèbre histoire du « Chien des Baskerville », sa tête pivote lentement et ses yeux se perdent dans les songes. Elle s’attend à le voir surgir de derrière un fourré d’épineux enveloppé par la brume, seul un grognement sinistre et caverneux annonce son arrivée, puis des yeux rougeoyant tétanisent son corps, le museau de ce chien sorti des enfers aux crocs acérés vient la respirer puis, d’un bond il se jette sur elle, Laure sent alors un souffle chaud fondre sur sa gorge, elle reste inerte, elle est perdue.

– J’ai des frissons, dit-elle en reprenant ses esprits, je me suis laissée emporter par mon imagination.

– Tu veux que je mette un peu de chauffage ?

Laure lui répond tout de go « -Non ça va, c’est le chien de Conan Doyle qui m’a fait peur , j’ai tellement aimé cette histoire que j’ai l’impression de la vivre en étant ici». Vincent se met à rire et lui dit d’un ton grinçant :

– Il était comment l’horrible chien de la lande ?

– C’est pas drôle, mon coeur !

 

Sur les versants opposés à la mer, quelques moutons aux toisons épaisses se tiennent à l’écart des vaches, mais sont tous à la recherche d’herbe bien grasse, les Highlands cows aux grandes cornes fines et aux poils longs et roux arrachent sans ménagement cette verdure qu’elles ruminent avec délectation. Pour Vincent c’est une occasion de s’arrêter et prendre quelques clichés, d’autant plus que le temps semble doucement s’améliorer.

Les quelques maisons aux façades blanches en aplomb sur les collines font penser à la Bretagne, pas de clôture, juste un peu de végétation comme une invitation à s’arrêter, c’est très plaisant à regarder.

Voici le village de Sconser d’où part  le ferry qui emmène les véhicules et les gens sur la petite île sauvage de Raasay, lieu idéal pour le camping en pleine nature. Portree n’est plus très loin car on aperçoit les habitations. Le nom de cette jolie bourgade vient du géalique Port Rìgh qui signifie « port du roi » donné en l’honneur de Jacques V d’Écosse venu sur l’île au 16ème siècle pour pacifier des chefs de clans.

Portree a du charme avec de vieilles enseignes aux portes de quelques boutiques et des jardinières de fleurs qui sortent par miracle des murs, c’est un côté  pittoresque que nos tourtereaux apprécient beaucoup. Des maisons aux teintes orangées, puis jaune pastel agrémentent la découverte de ce petit bijou. Les collines en pente douce depuis la mer procurent un sentiment de bien-être. Laure et Vincent décident de prendre un bol d’air sous un soleil encore voilé, sans oublier les polaires pour s’abriter du vent marin quelque peu frisquet. Le petit port de pêche attire visiblement pas mal de photographes, quelques bateaux de pêcheurs sont à quai, d’autres reviennent accompagnés d’une meute d’oiseaux de mer assez bruyants. Laure fait signe à Vincent et lui montre en contrebas les fameuses maisons aux couleurs bleues, roses, vertes bien connues des guides touristiques. Ils font une balade en ville et s’arrêtent pour boire un café, près d’une boutique de souvenirs au nom évocateur du Magicien d’Oz « Over the rainbow ».

 

 

Après ce moment de détente, ils reprennent la direction de Dunvegan et se retrouvent de nouveau dans la lande avec sur les hauteurs toujours quelques moutons et des touffes de bruyère impressionnantes accrochées à la roche. Bientôt ils arrivent à Edinbane et s’arrêtent sur le parking de l’atelier de poterie, c’est une belle maison avec un local empli de lumière et de petits trésors qui les attendent, les curieux sont nombreux dans la boutique. Laure se laisse séduire par des mugs aux teintes brunes et bleutées, un tea pot beige veinée de dessins gris. Stuart le potier se trouve dans son atelier avec des touristes qu’il initie à la fabrication d’un coffee pot. Ils assistent médusés à la transformation d’une boule de terre banale en un objet délicatement monté avec patience et beaucoup d’eau, d’une grande finesse. Après cet apprentissage visuel et un petit exposé sur le principe de fonctionnement du four, il est temps de partir. Difficile de quitter un lieu aussi magique inspiré par la mer mais Vincent tente de canaliser les envies de Laure qui craque facilement face à la céramique.

Les précieux achats sont installés sur la banquette arrière bien calés entre 2 valises. Maintenant, il est temps de découvrir Dunvegan et sa forteresse. Cette nouvelle visite d’un château assez austère, aux nombreux cachots, marqué par l’influence des Mac Leod au nombre de 30 chefs de clan tous portraiturer dans les pièces ouvertes à la visite, les enthousiasme moins. Laure et Vincent préfèrent se rendre dans le parc qui est un des joyaux d’horticulture du pays. Un petit groupe de visiteurs semble en admiration devant un végétal, ils découvrent alors une merveille de la nature « le pavot bleu de l’Himalaya », bien acclimaté à l’Écosse malgré son origine tibétaine. Les jardins d’eau, sauvages ou entourés de murs vivent leur vie, chaque végétal est chez lui, les rosiers grimpent partout, les lianes sont reines, l’eau de la fontaine est d’un beau vert sombre, les mousses et les lichens s’épanouissent. Vincent attire Laure contre lui et lui montre une grenouille cachée sous une fougère luxuriante.

 

 

Visiter c’est bien, mais il faut penser à se restaurer, Laure a demandé à Julie l’épouse du potier une adresse sympa, pas trop « expensive » pour manger et éventuellement passer la nuit. Celle-ci lui a recommandé une auberge à Waternish la plus ancienne de l’île, au bord de la mer. C’est un endroit féerique la nuit pour observer la voie lactée, Orion et toutes les autres étoiles de l’univers. Laure et Vincent prennent la direction de l’auberge et savourent déjà en pensée un bon whisky au goût fin et délicat typique des tourbières de l’île. Pour demain, ils ont prévu la visite du Skye Museum of Island Life mais demain est un autre jour.

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